Le 1er mai doit rester férié et chômé
Le premier mai n’est pas n’importe quel jour férié : c’est, à l’échelle internationale, une fête emblématique du combat de la classe ouvrière, du combat pour s’organiser en défense des revendications (notamment la réduction du temps de travail, la journée de huit heures après les événements de Chicago en 1886 et de Fourmies en 1891) et contre la répression patronale et étatique. Jour férié et chômé, le 1er mai est le seul jour férié obligatoirement chômé pour l’ensemble des travailleurs en France, avec maintien intégral du salaire. Mais pour les patrons grands et petits comme pour le gouvernement, c’est une fête de trop : il faut « travailler plus ».
On a vu le député G. Attal à l’œuvre, fort soucieux de prendre en compte les demandes d’établissements culturels et de certains commerces de proximité dont des fleuristes et des boulangers, lesquels sont angoissés à l’idée que le français moyen ne trouve pas de baguette moyenne pour déjeuner le 1er mai.
Aussitôt, le Premier ministre Lecornu se précipite pour soutenir ce projet de loi qui permettra à l’artisan boulanger de faire travailler ses salariés (moyennant contrepartie) ce jour-là. Notons qu’un patron boulanger n’étant pas salarié a le droit d’ouvrir sa boulangerie.
La proposition suscite un tollé. Au lieu d’appeler à la mobilisation pour exiger le retrait, l’intersyndicale écrit à Lecornu : « l’issue de cette proposition de loi est entre vos mains », demandant le « respect de la démocratie sociale ». Et elle accepte de discuter avec le gouvernement : autour d’un café et d’un croissant ?
Résultat : le projet est retiré mais Lecornu annonce des négociations de branches et un nouveau projet pour 2027. Et il décide d’édicter la loi avant même qu’elle soit votée : les boulangers et fleuristes pourront exploiter leurs salariés ce 1er mai. Au mépris de la loi actuelle, s’ils sont sanctionnés par l’inspection du travail, ces patrons sont rassurés : ils ne paieront pas les amendes !
Moralité de cette histoire : plus on fait preuve de bonne volonté avec un gouvernement de la bourgeoisie, plus celui-ci en profite. Et si l’on ne veut pas que la baguette de pain nous reste en travers du gosier ce jour-là, cessons de les engraisser avec de la brioche.
En autorisant ainsi le travail des salariés de la boulangerie pâtisserie et des fleuristes, Lecornu - avec l’aide du dialogue social - ouvre la voie à la « monétisation de la 5e semaine de congés payés » proposée par Edouard Philippe (et avant lui par Bayrou).